Réparer la Ville Nouvelle de Marne-la-ValléeÀ propos
Lanei Yvernat : Entre ciel et thermes
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Les villes de Torcy et Lognes, appartenant au secteur 2 de la ville-nouvelle de Marne-la-Vallée, partagent un réseau de chaleur urbain alimenté par une centrale géothermique. Il s’agit d’une distribution d’énergie à échelle locale qui est invisible sur le territoire et qui mérite d’être révélée et valorisée pour être plus lisible dans la ville. Le but premier du projet est donc de mettre en place une prolongation du réseau de chaleur, pour créer une nouvelle branche « révélatrice » par le biais d’un programme de thermes rendant la géothermie accessible et visible de tous. L’idée est de faire correspondre dynamiques territoriales et lieux de vie, pour venir créer une véritable cohabitation et une hybridation entre loisir et énergie, afin de faire de cette dernière un sujet de société à l’échelle de la ville.

Le projet vise à donner la possibilité aux habitants du quartier de s’approprier l’énergie locale de la géothermie et de s’en servir autrement que comme une ressource technique. Le programme des thermes permet alors de répondre à cela en introduisant une question de confort et de bien-être commun dans l’exploitation de cette ressource. La mise en place d’un parcours programmatique permet alors de faire l’expérience d’un rituel de l’eau qui va sensibiliser les utilisateurs et les inviter à se questionner sur la présence de la géothermie sur le site.

Le site choisi pour le projet se trouve à l’interface entre un milieu urbain dense et un parc faisant office d’aération dans la ville. Il a donc été nécessaire d’insérer le programme des thermes dans l’épaisseur du sol afin de préserver la continuité qui existe en surface. Ainsi, le projet est incarné par un bâtiment enterré paysager qui traite la relation entre la ville et le parc à la fois en surface, mais aussi en sous-sol par le biais d’une grande traversée qui peut être considérée comme un prolongement de l’espace public.

Pour l’organisation interne du projet, l’intention a été d’agencer le plan selon un parcours qui incarne une relecture du rituel des thermes romains antiques. Les éléments du programme se déclinent donc selon une succession de bains et de salles suivant un gradient de température allant du froid vers le chaud, puis se terminant sur le bain froid mis en place dans le bassin de rétention. L’idée a été de réinterpréter l’aspect social et de bien-être commun qui existe dans les thermes romains, pour faire de ce nouveau programme dans la ville un lieu où on se retrouve et où on se rencontre, tout en prenant soin de son corps. En abordant la question de l’énergie sous ce prisme, le projet invite au dialogue et au questionnement de la gestion du territoire, et développe de ce point de vue un caractère politique similaire à celui des thermes romains.

Pour ce qui est des attitudes de transformation, l’idée a été de travailler avec les opportunités préexistantes sur le site. La volonté première a été d’insérer le projet dans l’épaisseur inexploitée du sol pour ne pas participer à densifier la ville en surface et garder un espace de respiration. De cette manière, le projet habite la couche de terre sans perturber l’horizon et devient un élément de paysage qui n’interrompt pas l’espace public. Une autre démarche a été d’inclure le bassin de rétention dans le parcours programmatique. Celui-ci présentant des qualités idéales pour la mise en place d’un bain froid extérieur est devenu le support de cette fonction qui conclut le cheminement à l’intérieur des thermes. Le bassin se dote alors d’un double statut en étant à la fois un élément paysager de la ville et un élément programmatique du projet. Finalement, la dernière attitude a été de considérer la terre excavée du site non pas comme un déchet mais comme une ressource réutilisable pour la construction du bâtiment. Une partie du projet est édifié en béton de site, aussi appelé terre coulée, un matériau similaire au béton de ciment dans sa mise en œuvre mais qui se sert du mélange de terre, de sable et de gravier présent sur site. Cette démarche possède des atouts à la fois économiques puisqu’on réutilise une ressource locale, mais aussi esthétiques car la texture brute du matériau va donner l’impression que le projet a été creusé directement dans la terre.

Dans sa composition, le projet possède deux facettes. La première est sa surface qui est un prolongement de l’espace public et qui apporte un bénéfice quotidien direct aux habitants du quartier. Il s’agit d’un espace de pelouse continu en pente progressive qui permet de faire une transition douce entre le bassin et la ville. Il offre la possibilité de s’y promener, de s’y arrêter pour contempler le paysage, ou même de s’allonger au niveau du tumulus central pour se reposer. Cet espace très épuré créé un contraste avec le reste du parc et de la ville qui sont marqués par de nombreux cheminements imposant une direction aux déplacements des usagers. L’absence de mobilier urbain en surface permet de ne pas donner d’indice comme quoi il se passe quelque chose au centre de la parcelle et invite à découvrir le patio central par surprise. Celui-ci est ceinturé par un anneau d’eau permettant de créer une mise à distance pour gérer des questions d’intimité et de sécurité avec le patio. La deuxième facette du projet se trouve en sous-sol. On rentre dans le projet par une rampe, dont l’axe se prolonge jusqu’à l’étang, et on arrive dans un espace géométriquement très réglé. Le plan carré se développe autour d’un patio central rond qui est une fenêtre sur l’extérieur depuis les thermes, et inversement. Cette rencontre de deux formes très fortes permet d’organiser le programme de manière rationnelle avec un parcours qui s’organise en périphérie, laissant libre d’usage l’espace interstitiel résultant de l’union des deux géométries. On peut y lire une trame structurelle forte qui se ressent dans l’intériorité du projet avec des poutres apparentes filantes qui donnent des orientations et viennent définir quatre zones dans le projet : le pôle sanitaire, l’enchaînement en alternance des bassins et des hammams, la zone de massage et de détente et le pôle technique. Dans cette organisation très tramée, les bassins, éléments clés du programme des thermes, se positionnent dans des endroits stratégiques et déterminent la position des ouvertures vers la surface. Ils sont des lieux d’entrée de la lumière, mais aussi du regard dans le projet.

En coupe, le projet se lit selon deux axes. D’un côté, on a une première lecture horizontale avec le déroulement du parcours autour du patio et la grande traversée qui relie la ville au bassin. Celle-ci se développe en parallèle de la promenade en surface et guide le regard d’un bout à l’autre du projet. D’un autre côté, on a lecture verticale qui se fait par une succession de couches programmatiques passant par les bassins, les espaces de circulation et de détente, le patio, le parc et le ciel. Cette lecture verticale du projet est accentuée par une légère pente mise en place en toiture, qui vient d’un côté ouvrir le projet vers le ciel et de l’autre côté créé sur la périphérie des espaces plus caverneux et intimes. Le tumulus ainsi créé se signale dans le paysage comme un point d’émergence de la ressource géothermique et fait du projet comme un monument de l’énergie, un démonstrateur à petite échelle de comment une nouvelle exploitation de ce réseau est capable de faire évoluer la ville et son paysage.

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PROBLEMATIQUE DE LA FILIERE DE MASTER « TRANSFORMATION

La filière de master « Transformation » repose sur trois postulats.

Le premier est que la discipline architecturale – aussi bien que le métier d’architecte – ne seront plus guidés, dans les années à venir, par l’élaboration d’un monde neuf. Non parce que les enjeux du monde actuel sont stables. Nous savons que c’est tout le contraire : l’impératif environnemental invalide un grand nombre des situations construites dont nous héritons et la probable crise climatique qui s’annonce ne fera qu’augmenter l’étendue de cette obsolescence. C’est là le paradoxe inédit dans lequel nous sommes désormais plongés : il faudrait construire un monde plus durable, moins obsolescent, mais nous devons, en même temps réduire drastiquement la consommation des sols et des ressources pour faire face au défi écologique. C’est donc avec et non sur les ruines de la modernité industrielle qu’il nous faut apprendre à construire.

Le second postulat est la remise en jeu d’une notion architecturale historique : l’inscription dans un temps long qui ne limite pas celui de l’œuvre. Ce postulat nous amène à envisager l’architecture comme la mise en forme d’une mutation et non comme la seule projection circonstanciée d’une idée ou d’un programme. Il s’agit de s’émanciper de la priorité donnée à l’objet architectural – et à ses innovations – au profit d’une approche qui prend en compte les processus temporels et les états successifs de chacune des situations.

Le troisième postulat est que la préparation d’un site destiné à accueillir une construction ou un aménagement fait partie intégrante du projet architectural : elle en constitue le premier acte. Une des questions les plus négligées depuis un siècle et demi nous semble être celle du sol. La nécessité dans laquelle nous sommes plongés d’envisager le monde « dans ses murs » constitue ainsi une formidable occasion de réinvestir cette question séculaire. 

ATTENDUS

L’objectif de cet exercice conclusif de la filière est d’élaborer un projet personnel de transformation d’une situation construite abandonnée ou obsolète. Chaque situation a été identifiée au terme d’une exploration par groupes de la communauté d’agglomération de Blois, selon cinq thèmes distincts : paysage, forme urbaine, alternative, économie et gouvernance. Cette exploration s’est déroulée durant le S9. Les étudiant.e.s sont amenés à développer individuellement leur projet en rapport avec l’existant et à élaborer une architecture qui tout à la fois révèle et ressuscite celui-ci.

 FONDEMENTS 

L’atelier repose sur cinq fondements principaux :

  1. La mise en distance de la notion de patrimoine 

Le projet s’appuie sur une manière attentive d’observer le déjà-là, d’en révéler ses qualités propres, sans se préoccuper des valeurs courantes du patrimoine. L’objectif de l’atelier n’est pas, en effet, de valoriser un héritage mais bien plutôt de sélectionner les éléments d’une situation construite à partir desquels il devient possible de faire projet.

  1. L’analyse à partir du projet

L’inspiration du projet ne provient pas tant d’une connaissance géographique, sociale ou économique du site et du programme que de l’exploration d’un thème architectural et de sa capacité à révéler les qualités et la substance du monde dans lequel les étudiant.e.s sont amenés à intervenir. L’inventaire et le relevé du déjà-là se doivent donc d’être d’emblée orientés.

  1. La transformation par analogie 

La méthode analogique constitue une alternative à celles de fusion ou de juxtaposition issues de deux siècles de « construction dans le construit ». Elle permet d’élargir la gamme des rapports possibles entre existant et projet, souvent réduite à une tension entre héritage et création. L’existant peut ainsi être tout à la fois considéré comme ruine, source d’inspiration, matériau ou ressource.

  1. Le privilège de la situation sur l’objet

Les projets de la transformation portent aussi bien sur les constructions que sur les sols. À ce titre, ils n’accordent pas davantage d’intérêt à la matérialité des bâtiments qu’à celle de leurs extérieurs.

  1. Le collage 

La technique du collage est privilégiée. Elle permet, dans la représentation des projets, l’association équivalente du neuf et de l’existant, sans que l’un ne s’efface au profit de l’autre. Le collage peut également contribuer à une économie de rendu, la description sélective de l’existant pouvant être incluse dans l’image du projet.

 

Forme urbaine

Alternatives

Paysage

Gouverance

 

 

Economie